Critique de Serveuses demandées (2009)

Serveuses demandées de Guylaine Dionne


Lorsque je sors d'une projection qui me laisse froid, la question qui me vient instantanément c'est  "le réalisateur a-t-il été spectateur de son film ?". Car il ne suffit pas de faire un long-métrage, encore faut-il être capable de le voir d'un oeil critique, à la limite de s'en dissocier temporairement pour noter ses forces mais surtout ses faiblesses. Et Madame Dionne n'a sûrement pas vu son film, sinon elle aurait continué de le travailler.

C'est dommage car la prémisse semblait bonne: l'histoire d'une jeune étudiante brésilienne au Québec dont le visa expire mais qui tient à rester ici, peu importe les défis qu'elle rencontrera, peu importe les rencontres.

Revenant à ses racines de documentariste plutôt qu'à l'ambiance vaporeuse de son honnête premier long-métrage de fiction Les fantômes des trois Madeleine, Guylaine Dionne tente de nous émouvoir en nous racontant le parcours plein d'obstacles que subit son personnage principal, Priscilla.  L'émotion n'est pourtant pas au rendez-vous, pour diverses raisons. L'une d'elles, c'est la jeune comédienne Janaina Suaudeau. Trop souvent son jeu semble maladroit, hésitant, approximatif. Elle aurait mérité d'être mieux dirigée, poussée davantage dans la recherche de cette douleur qui se doit d'être présente lorsque quelqu'un perd ses repères. Et ce n'est malheureusement pas Clara Fureyqui aurait pu l'aider. La danseuse contemporaine, qui nous avait pourtant ébloui dans le premier film de sa mère Carole Laure (CQ2), oscille dans sa performance, côtoyant autant le sublime que le désastre. C'est à l'apparition de la chevronnée Anne Dorval que la mesure du talent s'impose. Dès lors, il est trop tard pour corriger les jeunes protagonistes.

Autre raison, qui découle de la précédente : les malheurs de Priscilla ne nous touche pas. Hormis le jeu, le sujet était idéal pour un documentaire puissant, voir choc, dans notre société québécoise si "accueillante". Ce scénario trop ambiguë ne parvient jamais à ses fins et ce, malgré de bonnes intentions de la part de la réalisatrice. Mais des intentions, ce n'est pas suffisant. Se sont les actions qui comptent.

Serveuses demandées était une promesse, c'est désormais une déception. Il en reste de superbes images de notre hiver qui n'en finit plus... comme ce film.


Bande-annonce du film