Critique de J'ai tué ma mère (2009)

J'ai tué ma mère de Xavier Dolan



La première fois que nous essayons quelque chose, il y a toujours une grande part de maladresse, d'inconnu. Comme un grand saut dans le vide, il est difficile de prévoir l'atterrissage, le moment de la réception. Il faut se lancer et espérer pour le mieux, donner le meilleur de nous-mêmes, au risque de trop en mettre et de déplaire à certains. Il n'y a pas de mode d'emploi, il y a seulement le résultat final.

Mais le manque d'expérience et le jeune âge du réalisateur, le critique doit-il en tenir compte? Comment évalue-t-on un film qui a monopolisé l'attention médiatique depuis plus d'un mois et qui dès sa première projection au Festival de Cannes a été porté en triomphe? Faut-il voir le film pour ce qu'il est ou peut-on pardonner quelques excès de style?

Toutes ces questions m'ont passé par l'esprit durant la première projection de presse du film J'ai tué ma mère du réalisateur/scénariste/producteur/acteur Xavier Dolan. Impossible de ne pas avoir des attentes très élevées après son immense succès à la Quinzaine des réalisateurs, selon les journalistes québécois présents (et très peu des autres).

Dès les premières minutes du film, les défauts (mauvais éclairage, cadrages approximatifs) et le mauvais dosage des effets de style (qui malheureusement diluent ceux qui sont réussis) m'ont agacé. D'un ralenti dans un trop court corridor au montage de représentations de papillons sur le mur d'une pièce, Xavier Dolan tente de montrer  son savoir-faire par quelques prouesses techniques mals choisies. Comme s'il ne faisait pas confiance aux nombreux échanges entre ses personnages; comme s'il se devait de nous en mettre plein la vue pour être vraiment pris au sérieux.

Toutefois, j'ai été grandement impressionné par la justesse et la puissance des dialogues. Les échanges mère-fils sont bouleversants de réalisme, démontrant un réel talent d'écriture et de direction d'acteurs. Anne Dorval est tout simplement magistrale dans l'une de ses trop rares apparitions sur nos grands  écrans. Toujours le  ton exact, l'oeil affûté d'une grande actrice qui offre toute sa force et sa vulnérabilité
à chacune de ses présences à l'écran, éclipsant peut-être un peu trop l'inconstance du jeune Dolan. Suzanne Clément et Patricia Tulasne complètent cet excellent trio de rôles féminins.

À la fin, il reste un jeune homme plein de promesses, démontrant à la fois une belle maturité et une jeunesse qui veut à tout prix éblouir. Xavier Dolan mérite tout ce qu'il lui arrive, surtout pour son audace et sa détermination (et ne l'oublions pas, très peu de réalisateurs vont à Cannes). Ce premier film est une belle carte de visite, loin du chef d'oeuvre promis, proche d'un début que nous suivrons attentivement.