Critique de Derrière-moi (2009)

Derrière-moi de Rafaël Ouellet


Le plus possible, j'essaie de ne pas trop en savoir avant la projection d'un film. Parfois c'est la bande-annonce qui en dévoile un peu trop, mais  souvent c'est le résumé interminable qui accompagne inutilement la "critique" d'un journaliste incapable de se retenir. Quoi de plus dommage d'avoir lu une ligne qui révèle l'élément mystère d'une oeuvre qui repose sur cette information. C'est pourquoi je ne dirai rien de l'intrigue de cet excellent long-métrage de Rafaël Ouellet. Et si vous le pouvez, éviter de lire le synopsis avant de le voir. Faites-moi confiance, vous ne serez pas déçu.

J'ai eu la chance de ne savoir absolument rien de ce film au moment de sa présentation cet automne au Festival du Nouveau Cinéma. Et le choc a été total. J'ai mis le pied dans ce piège, sans l'avoir vu venir.

Cette histoire en deux actes, tournée à Dégelis dans le Bas-du-Fleuve et à Montréal, démontre un réel talent de conteur chez Ouellet. Déjà dans Le cèdre penché, son premier long-métrage très mature, ce jeune réalisateur savait prendre le temps d'installer ses personnages et l'environnement dans lequel ils évoluent. En réalité, je devrais écrire "elles" évoluent car encore une fois il s'agit d'un duo d'actrices au coeur de cet efficace scénario. Et encore une fois, Ouellet dirige adroitement celles qui jouent devant sa caméra. Carina Caputo et Charlotte Legault impressionnent pas leur aisance, leur justesse et leur maîtrise malgré le peu d'expérience qu'elles ont. Cela est même primordial pour pouvoir croire au déroulement, lent mais justifié, de cette nouvelle amitié. Rarement aura-t-on vu un long-métrage québécois insister autant sur le développement de la relation entre deux protagonistes, si opposées, si différentes, si complémentaires. Sans ce premier acte, le deuxième ne pourrait pas tenir, le piège se refermerait sur du vide. Mais Ouellet est bon chasseur, il est patient et il finit par attraper le spectateur. Ce dernier sortira tranquillement de la salle, content d'être libre et d'avancer un pied devant l'autre.

Rafaël Ouellet s'affirme désormais comme l'un des plus intéressant metteur en scène de sa génération. Il a beau faire ses films dans l'urgence, il laisse toute la place aux moments, au réel de ses fictions. Vivement la prochaine saison de chasse !