Critique de Demain (2009)

Demain de Maxime Giroux


Un facteur non négligeable dans la critique de film est le moment où celui-ci est vu pour être plus tard analysé, décortiqué, évalué, noté. Il est impossible d'être toujours pleinement disposé à recevoir ce que l'écran de lumière nous renvoie. Les conditions d'écoute absolues sont toujours différentes d'une personne à l'autre et elles sont parfois difficiles à réunir ensemble le temps venu. Dans ce cas précis, pour mon visionnement du 1er long-métrage du talentueux Maxime Giroux (les courts Du rouge au sol et Les jours), je dois l'avouer, je n'étais tout simplement pas prêt. Coincé dans mon horaire chargé de la dernière édition du Festival du Nouveau Cinéma, Demain ne promettait pas de beaux lendemains. Et pourtant...

Rarement une histoire m'a semblé aussi banale, terne, grise, plate. Du premier au dernier plan, le personnage de Sophie s'accroche à son réel d'une tristesse sans fin. De son père malade à son nouveau copain distant, Sophie baigne dans un quotidien où peu de vagues viennent bousculer ses éléments. Son demain, son salut, elle en rêve mais elle est prisonnière de sa propre inertie. Elle subit sa vie, comme tellement d'autres, plutôt que de la vivre pleinement.

Soigneusement réalisé, Maxime Giroux accorde beaucoup d'importance aux nombreux silences, aux regards qui s'évitent, à la beauté de l'ordinaire, aux petits riens. Eugénie Beaudry est une véritable révélation, portant à bouts de bras cette femme unique mais si commune, bonne avec les autres mais égoïste envers elle-même.  Mais attention, ce film n'est pas pour tout le monde. Le spectateur doit s'attendre à être confronté brutalement à un univers connu dans lequel il reconnaîtra sûrement une voisine, une amie, une cousine. Un univers où tout semble atténué, du bonheur à l'excitation, aux futils moments d'humanité.

L'humanité. Justement, je note d'importantes ressemblances entre L' humanité du français Bruno Dumont et Demain. Les deux films m'avaient profondément déplus à ma sortie de la salle et pourtant ils m'ont hanté longtemps. Bien qu'abordant des thèmes complètements différents, ce besoin de montrer le réel trop réel pour la fiction, jusqu'à choquer ceux qui le regardent au cinéma, est bien présent dans chacun de ces deux longs. J'avais revu le film de Dumont quelques années plus tard, et j'avais adoré. J'imagine que si je revoyais Demain demain, j'apprécierais davantage toutes les teintes subtiles de ce premier effort fort louable, qui nous promet vraiment de beaux lendemains.