Critique de Dédé à travers les brumes (2009)

Dédé à travers les brumes de Jean-Philippe Duval


Les biographies. Certains les aimes, d'autres... (voir mon article sur la réaction de Nicole Bélanger, l'ex-copine de Dédé). Peu importe de quel côté vous penchez, la fascination que provoquent les personnalités publiques continuent et continueront de vendre, du papier, du temps d'antenne et de la pellicule. Ces êtres humains plus grands que nature nous permettent de vivre plusieurs vies, de côtoyer des mondes auxquels nous n'avons pas accès, de revisiter un passé inspiré du réel. Ces fictions, ne l'oublions pas, s'ajoutent comme des morceaux essentiels à notre mémoire collective. Pour que tous ces géants demeurent bien vivants, il est tout à fait légitime de les immortaliser en sons et images.

Surtout dans le cas d'André Fortin, alias le Dédé du groupe musical Les Colocs, qui étudiait pour devenir cinéaste. Le film de Jean-Philippe Duval est un pur objet cinématographique, très loin des adaptations biographiques traditionnelles. Il y a de l'animation (superbe travail de Julien Demers-Arsenault et de toute l'équipe d'Ottoblix de Montréal), beaucoup de musique et de vrai beaux moments de poésie visuelle. Dédé à travers les brumes est un solide hommage à la vie de ce pilier de la scène musicale au Québec dans les années 90. Contrairement aux récents films Ma vie en cinémascope et Maurice Richard dans lesquels leurs lourdeurs devenaient étouffantes, l'histoire de Dédé respire grâce à son parti pris pour les passions de cet homme débordant de créativité.

Et pour l'interpréter, tout reposait sur les épaules de Sébastien Ricard, chanteur du trio Loco Locass mais tout de même novice en tant qu'acteur principal d'un long-métrage. Le résultat? Stupéfiant, rien de moins ! Ricard est crédible dès les premières minutes du film. Il est tellement juste et sa ressemblance naturelle est si frappante, que durant le film j'avais même complètement oublié que ce n'était pas lui André Fortin. Il chante, il danse, il bouge, il se fâche, il se passionne comme Dédé. Son énergie et, à l'opposé, son désespoir transpercent l'écran, touchant droit au coeur et aux oreilles les spectateurs. Ce défi très risqué, Sébastien Ricard a sû le relever et même l'élever bien au-delà de nos attentes. Chapeau pour ce rôle majeur, digne des grandes interprétations de personnalités connues (tel le Duplessis de Jean Lapointe dans la série du même nom).

Est-ce à cause de cela que plusieurs rôles secondaires nous semblent ordinaires, voir mêmes caricaturaux? Si Joseph Mesiano (Mike), Dimitri Storoge (Pat) et Bénédicte Décary (Nicole Bélanger) s'en tirent indemnes, les personnages d'Oncle Serge (Yan Rompré) et le gérant de Dédé (Louis Saïa) sont carrément ridicules. Autre faiblesses du film, les dialogues. À quelques reprises, ils sonnent faux, tentant d'expliquer le contexte dans lequel se retrouvent les personnages à défaut que la scène elle-même puisse le faire. Sinon, le changement de ton et l'abandon des scènes d'animation s'expliquent par les choix que Dédé avait réelement fait dans sa vie, laissant la musique et la politique prendre toute la place. Dédé n'a jamais réalisé son film (malgré tous les clips des Colocs qu'il a lui-même fabriqué), Duval lui en a fait un.