Critique de Carcasses (2009)

Carcasses de Denis Côté


En tant que cinéphile, j'adore être surpris. Vivre des émotions imprévues, suivre un scénario sans savoir quelle direction l'intrigue va prendre, voir apparaître des personnages sortis de nulle part, faire ma propre opinion des situations décrites en images, quitter la salle en ne sachant pas tout ce que le réalisateur à voulu (nous) dire... Bref, s'assurer qu'en tant que spectateur, je ne suis pas uniquement passif. Mais à consommer de la pellicule comme je le fais, il est désormais peu fréquent pour un cinéaste de réussir ce processus. Au Québec, il y en a pourtant un qui y parvient presque coup sur coup, film après film: c'est Denis Côté.

Depuis Les états nordiques, son excellent premier long-métrage, Côté poursuit une démarche rigoureuse sans aucun compromis. L'ancien critique de cinéma est exigeant envers lui et envers le public aussi. Nos vies privées et Elle veut le chaos ont confirmé son talent, il revient déjà avec un autre spécimen que lui seul peut créer, Carcasses. Véritable ovni cinématographique, ce 4e film de Denis Côté marie le documentaire et la fiction, union solide où les deux genres s'harmonisent à merveille, comme il l'avait si bien fait avec son 1er film.

Observant les étranges habitudes de Jean-Paul Colmor, un vieille homme qui empile, déplace, défait, refait, modifie, plus de 4 000 carcasses de bagnoles, Côté nous démontre que ce gentil fou ne l'ai pas plus que nous. Par une suite de longs plans fixes, tableaux d'un certain type de beauté, nous suivons ce personnage réel dans son labyrinthique domaine de Saint-Amable. Et doucement, sans prévenir, une troupe d'êtres fictifs viendront réclamer ses lieux: quatre jeunes trisomiques armés s'installent chez lui.

Superbe hommage à la marginalité, la force du film réside dans l'intérêt marqué qu'à le réalisateur pour son sujet principal et ceux qui l'entourent. Côté ne tombe jamais dans la complaisance, laissant toute la place à ce qui se passe devant sa caméra sans en rajouter. Une belle leçon d'humilité et de générosité, Carcasses, réalisé dans le cadre  d'un projet artiste en résidence de PRIM, est définitivement un film à partager.