Critique de Cadavres (2009)

Cadavres d' Érik Canuel


J'ai toujours eu de la misère avec des réalisateurs qui, pour se mettre en valeur, doivent obligatoirement se comparer à d'autres. Étant incapable de franchement se démarquer par leur quasi absence d'originalité, ceux-ci citent en entrevue une référence ou deux pour tenter de nous faire croire à des affinités quelconques avec des metteurs en scène reconnus. Tel est le pauvre destin d'Érik Canuel, qui aimerait tant être un disciple de Quentin Tarantino, des frères Coen ou de Jean-Pierre Jeunet. Encore faut-il avoir quelque chose à dire... d'intéressant.

Dommage pour le roman de François Barcelo qui, une fois passé aux mains de Canuel évacue des odeurs immondes. La subtilité de l'un fait désormais place à la vulgarité de l'autre. Là où les Coen et Tarantino impressionnent d'ingéniosité avec deux ou trois malfrats et quelques fusils, Canuel tourne en rond (littéralement !), boitille, s'enfarge dans les fleurs de trop nombreux tapis. La maîtrise des uns démontrent vraiment la mécanique douteuse de l'autre.

Il y a bien deux ou trois moments de franches rigolades, surtout grâce aux acteurs de soutien qui, pour une fois, portent à bouts de bras ce titre de "soutien" (car Julie Le Breton et Patrick Huard prouvent ici l'ampleur de leurs limites). Les rares apparitions de Patrice Robitaille, Christian Bégin, Gilles Renaud et Marie Brassard montrent à quel point ces comédiens de talent peuvent s'amuser avec presque rien, un costume et d'habiles maquillages. Mais ce n'est vraiment pas assez pour permettre à Cadavres de nier sa véritable nature: un joli navet d'un réalisateur sans profondeur. Il aura beau recommencer, Érik Canuel ne gagnera jamais de prix de réalisation. Peut-être un jour acceptera-t-il son statut de technicien de luxe, capable de nous présenter en ouverture des Rendez-Vous du Cinéma Québécois une belle merde qui prétend être une oeuvre de genre.