Lendemain de veille

Publié le par Daniel Racine

Il y a des lendemains plus difficile que d'autres. Aujourd'hui en fut sûrement un pour toute l'équipe impliquée dans la 11e Soirée des Jutra. Étrange soirée où la seule personne qui voulait faire la fête, dans ce cas l'animatrice Karine Vanasse, n'a jamais su comment créer une ambiance propice à celle-ci. Où était le cinéma dans ce gala dédié au 7e art? Nous avons eu des lectures de scénarios, une tentative échouée de vjeeing avec des bouts de films, une parade de mode vraiment douteuse, un hommage fragmenté et mal synchronisé, et au final, très peu de cinéma.

J'aime les galas et je suis pas mal tous ceux qui remercient annuellement les grands noms du cinéma d'ici et d'ailleurs (Oscar, César, BAFTA, Golden globes, SAG Awards, etc). À la base, ce genre de cérémonie a tout pour ennuyer: très peu de suspense, des remerciements de gens que nous ne connaissons pas, une liste trop longue de prix à remettre, etc. Il est tout à fait normal de repenser ou de réinventer ces soirées. Pour le faire, les organisateurs peuvent engager un nouvel animateur, changer l'emplacement de l'événement, repenser le déroulement de la soirée, recréer une ambiance sur scène ou mettre un thème de l'avant. Bref, toutes les techniques sont bonnes pour relancer une formule édulcorée qui endort davantage qu'elle passionne. J'avais vraiment l'espoir que la soirée de dimanche soit justement le moment idéal relancer les Jutra, qui se cherchent depuis quelques années (moi qui n'aime pas tellement Sylvie Moreau, j'en viens à regretter ses animations...). Avec les noms de Karine Vanasse et Guillaume Vigneault associés à la 11e édition, j'étais convaincu qu'un nouveau souffle allait propulser ce gala à 24 images seconde.

Dès le numéro d'ouverture, je me suis dit qu'ils risquaient gros: une expérimentation de projections sur l'animatrice, le tout accompagné d'un texte touffu (et étouffant pour certains). C'est lorsque les lumières ont dévoilé la robe de l'animatrice que j'ai rapidement senti que la soirée déraperait. Personne dans son équipe a osé lui mentionner qu'elle était drôlement transparente? Cela allait se poursuivre avec l'enchaînement de sa garde-robe, d'un bustier madonnien à une robe tachée, le mal était fait. Les textes de Vigneault étaient lourds et l'animation de Vanasse trop rigide et pressée. Ensuite les numéros manquaient de prestance ou ils en avaient tout simplement trop (Geneviève Bujold, fan d'Obama, criant Kamouraska). Et pourquoi un hommage en 3 actes? Et l'écran divisé en deux lors des lectures? L'idée de faire chanter la chanson thème de La guerre des tuques par des voix de nos communautées culturelles et des enfants étaient bonnes mais ils semblaient tous à l'étroit sur la scène.

Une chance, les gagnants ont mis de la couleur dans cette grande fadeur. Des petits pas de joie d'Angèle Coutu au fils Lancelot de Normand D'Amour, des seins sur le point d'éclater d'Isabelle Blais (c'est pas moi qui le dit, c'est elle...) aux
24 images seconde que les animateurs (pas de galas...ceux qui font du cinéma d'animation) voient très bien, comme Jean-François Lévesque créateur du film gagnant Le noeud de cravate, leurs commentaires ont probablement été les plus beaux moments de ce dimanche soir de mars, un peu triste.

Alors, avec toutes les critiques avant, pendant et après le gala, la 12e Soirée des Jutra devra revenir en force l'an prochain. Un animateur expérimenté, une 5e nomination dans chacune des catégories, pourquoi pas une place pour le meilleur premier film (pour que les À l'ouest de Pluton ou Le ring soient aussi reconnus), toutes les solutions seront sûrement approchées par l'équipe derrière cet événement. Ramenez-nous la fête du cinéma, une vraie remplie de fiction et de moments magiques comme seul le cinéma peut nous les offrir.

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