Un homme généreux

Publié le par Daniel Racine

Il y a des événements dans nos vies que nous savons déterminants. Souvent c'est plus tard que nous mesurerons l'ampleur de ceux-ci mais parfois c'est au moment même que le constat a lieu. Hier, j'ai eu cette réflexion en écoutant les nombreux conseils de Bernard Émond dans sa lucide leçon de scénario aux Rendez-Vous du Cinéma Québécois.

Seul sur scène, un micro, quelques feuilles et beaucoup de générosité, Monsieur Émond a débuté en affirmant qu'il comprenait très mal comment faire un scénario. Il a pourtant réussi, en un peu plus de deux heures, à nous offrir ses pensées sur le cinéma, sa méthode de travail, de précieuses réflexions sur la culture et une leçon d'humilité exemplaire.

Voici quelques grands lignes de ce cinéaste bien ancré dans le réel:

- "Nous sommes tous sans intérêt mais aussi chaque vie faut la peine d'être raconter".

- "S'exprimer est le moins important dans le métier de scénariste. L'important, c'est d'aller vers les autres."

- "Il faut s'engager face à son art et face au monde".

- Émond a expliqué que pour créer, il doit y avoir une rupture: sortir de soi, aller à la rencontre de l'autre.

- Il nous a aussi bien décortiqué le "paradoxe du divertissement". Ce grand besoin d'évasion que tant de gens justifie pour le cinéma de divertissement, en réalité cela les enferme davantage dans leur moi plutôt que de sans soustraire.

- "D'où viennent les histoires ? Des lectures, de facteurs sous-terrains (émotions, ce qui passe au travers nous), d'anecdotes".

- "Ne pas se battre contre les contraintes mais plutôt construire avec". Il ajoutera même que les contraintes "sont formidables".

- Il dira que certains lieux "attendent leur scène" en référence à plusieurs endroits où il a tourné comme le fameux quai de Sainte-Anne-de-Beaupré dans La neuvaine


- "Le cinéma un art de la fabrication".

- "Il faut dire peu de choses bien" en référence aux dialogues dans un film. 

- Pour écrire des dialogues, Bernard Émond propose d'aller au restaurant du coin et écouter les gens parler.

- Sa ligne de dialogue dont il est le plus fier c'est lorsque le personnage de François dans La neuvaine s'adresse au personnage de Jeanne, dans la camionnette: "Votre âme est dans l'angoisse". Il considère que ce réplique est non réaliste mais que c'est justement ce qui la rend géniale. 

- Il ne retourne pas au documentaire pour deux raisons. Premièrement, il est terrorisé de filmer le réel car il aurait peur de trahir ceux qu'il filme. Et deuxièmement, le cinéma de fiction est devenu une drogue pour lui. "
C'est exaltant" a-t-il affirmé.

-"
Il ne faut pas faire le film que l'on a écrit". 

- Il suggère de toujours garder une oreille ouverte aux commentaires qui pourrait servir le film.

- Il a terminé en proposant aux scénaristes de se tenir à la Cinémathèque Québécoise et de "surveiller vos fréquentations" (en référence aux lectures et à la culture que l'on consomme). 

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